Tu t'entraînes plus fort que jamais, tu manges « mieux » que jamais... et tes règles ont disparu. Peut-être depuis deux mois, peut-être depuis six. Tu te dis que c'est le stress, que ça va revenir, que c'est probablement normal quand on pousse fort. Ce n'est pas anodin, et ce n'est pas juste dans ta tête. C'est ton corps qui a fait un calcul, et qui a coupé une fonction qu'il juge non essentielle à ta survie immédiate. On démêle ça ensemble — ce qui se passe réellement, ce que ça touche, et surtout, quoi faire.
Le vrai calcul : la disponibilité énergétique, pas juste « le stress »
Le concept central s'appelle la disponibilité énergétique : c'est l'énergie qu'il te reste pour faire fonctionner ton corps une fois le coût de l'entraînement payé. Concrètement, c'est ce que tu manges, moins ce que tu brûles à l'entraînement, ramené à ta masse maigre.
Disponibilité énergétique = (apport calorique − dépense à l'entraînement) ÷ masse maigre (kg). Une femme de 60 kg avec 45 kg de masse maigre qui mange 1 800 kcal et qui en dépense 500 à l'entraînement se retrouve avec environ 1 300 kcal ÷ 45 kg = ~29 kcal/kg de masse maigre par jour — une zone où le risque de dérèglement du cycle augmente nettement.
Pendant longtemps, on a cité un seuil précis (30 kcal/kg de masse maigre par jour) comme ligne à ne pas franchir. La réalité est plus nuancée : selon un essai clinique randomisé publié dans Medicine & Science in Sports & Exercise, le risque de dérèglement menstruel augmente de façon progressive à mesure que la disponibilité énergétique baisse, sans qu'un seuil unique et universel ne déclenche le problème d'un coup (Lieberman et al., 2018). Autrement dit : ce n'est pas un interrupteur, c'est un continuum. Plus l'écart se creuse et plus il dure, plus le risque grimpe.
Pourquoi le corps sacrifie justement tes règles
Ton cycle est piloté par l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien : l'hypothalamus envoie des pulsations de GnRH, l'hypophyse répond avec la FSH et la LH, les ovaires produisent les œstrogènes et la progestérone. Ce système est sensible — probablement plus que n'importe quelle autre fonction hormonale — à la quantité d'énergie disponible.
Quand l'énergie manque, l'hypothalamus ralentit ses pulsations de GnRH. La cascade hormonale s'essouffle, l'ovulation devient irrégulière ou s'arrête, et les règles suivent. Ce n'est pas un bris : c'est une décision physiologique. La reproduction coûte cher en énergie et n'est pas urgente à court terme, donc le corps la met sur pause pour protéger les fonctions vitales immédiates — un peu comme une entreprise qui gèle son projet le moins urgent quand le budget serre.
Ce que ça touche vraiment : au-delà des règles
Le comité international olympique regroupe ce phénomène sous l'appellation RED-S (déficit énergétique relatif dans le sport), qui décrit un ensemble de conséquences bien plus large que le cycle menstruel seul (Mountjoy et al., 2018), mis à jour en 2023 pour couvrir aussi les hommes et la santé mentale (Mountjoy et al., 2023).
Énergie
Le métabolisme ralentit
Le corps réduit sa dépense énergétique de base pour économiser : fatigue, frilosité, plateaux malgré l'effort.
Cycle & hormones
Le système reproducteur se met en pause
Cycles irréguliers, absence de règles, baisse d'œstrogènes — et souvent, baisse de libido.
Os
La formation osseuse ralentit
Moins d'œstrogènes veut dire moins de renouvellement osseux, et un risque accru de fractures de stress.
Et ça ne touche pas juste les athlètes de haut niveau. Ce déséquilibre peut toucher n'importe qui qui s'entraîne sérieusement en mangeant en dessous de ses besoins réels — que ce soit volontaire (un régime trop serré) ou involontaire (sous-estimer combien on brûle en s'entraînant plus).
Les signaux à prendre au sérieux
Cycle
Règles absentes ou très irrégulières
Trois cycles manqués d'affilée, ou des cycles qui varient énormément d'un mois à l'autre depuis plusieurs mois.
Performance
Fatigue et plateaux qui ne bougent pas
Tu t'entraînes autant, voire plus, mais tes résultats stagnent ou reculent malgré la constance.
Corps
Blessures qui reviennent, frilosité, sommeil perturbé
Des fractures de stress, une sensibilité au froid inhabituelle, ou un sommeil qui ne récupère plus rien.
Rapport à la nourriture
Une rigidité grandissante autour des repas ou de l'entraînement
Si manger « assez » ou prendre une journée de repos te crée de l'anxiété, ce signal-là compte aussi — et mérite un accompagnement dédié.
Est-ce grave si ça traîne?
Oui, potentiellement, et c'est pour ça qu'on n'attend pas. Le pic de masse osseuse se construit surtout avant 25-30 ans : une aménorrhée prolongée pendant cette fenêtre peut laisser une empreinte durable sur la solidité des os, bien après le retour des règles. À plus long terme, un déficit énergétique chronique est aussi associé à des enjeux cardiovasculaires, immunitaires et de fertilité (De Souza et al., 2025). Rien de tout ça n'est une fatalité — mais rien de tout ça ne se règle en l'ignorant non plus.
Quoi faire, concrètement
Sur l'assiette
Augmenter l'apport énergétique de façon modeste mais soutenue — pas juste une semaine. Souvent, quelques centaines de calories de plus par jour, maintenues sur plusieurs semaines, suffisent à faire une différence réelle.
À l'entraînement
Réduire temporairement le volume ou l'intensité les plus extrêmes, sans nécessairement tout arrêter. L'objectif est de refermer l'écart énergétique, pas de sacrifier ta progression pour toujours.
Sois patiente avec le processus : selon la mise à jour 2025 du consensus sur la triade de l'athlète féminine, le retour des règles ne signifie pas automatiquement que l'ovulation et l'équilibre hormonal sont pleinement rétablis — plusieurs cycles réguliers consécutifs sont nécessaires pour vraiment tourner la page (Williams et al., 2025).
Quand consulter
Si tes règles sont absentes depuis trois mois ou plus, ou si tu remarques plusieurs des signaux ci-dessus, parles-en à un médecin — ne serait-ce que pour écarter d'autres causes possibles (grossesse, thyroïde, SOPK, contraception, etc.). Un(e) nutritionniste peut aussi t'aider à ajuster ton apport de façon précise et sécuritaire. Mon rôle comme coach, c'est de bâtir ton plan d'entraînement et tes repères nutritionnels de base avec toi — pas de remplacer un diagnostic médical. Le meilleur résultat vient souvent d'une équipe : médecin, nutritionniste et coach, alignés sur le même objectif.
Ce qu'il faut retenir
Perdre ses règles à l'entraînement n'est pas un signe de discipline ou de performance — c'est un signal d'alarme physiologique. Ton corps ne te sabote pas : il te protège, avec les moyens qu'il a. La bonne nouvelle, c'est que ce déséquilibre se corrige, généralement sans tout arrêter et sans culpabilité, avec un peu plus d'énergie dans l'assiette, un entraînement mieux calibré, et le bon accompagnement autour de toi.
Et si tu veux qu'on regarde ça ensemble — ton entraînement, ton alimentation, ton énergie réelle — c'est précisément le genre de chose qu'on ajuste en coaching.
Sources : selon des articles indexés sur PubMed. Mountjoy M, et al. Int J Sport Nutr Exerc Metab. 2018 — DOI. Mountjoy M, et al. Br J Sports Med. 2023 — DOI. Lieberman JL, et al. Med Sci Sports Exerc. 2018 — DOI. De Souza MJ, et al. Sports Med. 2025 — DOI. Williams NI, et al. Sports Med. 2025 — DOI.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical individualisé.